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Chaire de recherche UQAM sur la méthodologie et l’épistémologie de la recherche partenariale


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Éditoriaux

Produire des connaissances est le propre de tout être humain. Il n’existe pas de monopole ou de métier particulier lié à la production des connaissances. Certes, la science est investie d’une mission à cet effet, mais elle partage cette scène avec tous les membres des communautés humaines. Si tout le monde produit des connaissances, ces dernières ne sont pas nécessairement entendues, reconnues et conservées, pas plus qu’elles ne sont produites de la même façon.

Certaines connaissent font jurisprudence, au sens où leur formulation trouve écho dans la société et elles en viennent à s’inscrire dans la tradition. D’autres sont produites par des autorités civiles, politiques ou religieuses. Ces dernières sont dictées par un ordre totalitaire de pensée où il est dit : « il en est ainsi et ainsi en est-il ». Enfin, nombre des connaissances sont dictées par une rationalité de base où l’expérience quotidienne forge un corpus de « connaissances expérientielles et de connaissances pratiques ». Enfin, des connaissances sont produites à partir d’une méthode spécifique de travail, appelée méthode scientifique. Cette méthode à l’avantage d’avoir des critères particuliers afin de juger la validité des « idées avancées ». Cette dernière méthode n’est pas plus encline à une vérité absolue mais elle est dotée d’un mode légitime l’action de douter et qui permet, ce faisant, la mise à l’épreuve du connu, du bien établi, et son remplacement par une autre vérité appelé à durer jusqu’au moment où elle sera remplacée par une autre vérité de l’éphémère.

 L’histoire humaine mobilise tous les registres mentionnés de production des connaissances. Au passage de la préhistoire à l’histoire, quelque part autour de 8 à 7 000 ans avant notre ère, le registre scientifique en arrive à constituer un petit corps disciplinaire dédié à la production de connaissances. Les contributions de ses adeptes ont permis le développement des mathématiques, de la philosophie et des avancées évidentes qui ont permis le proto développement disciplinaire de sciences naturelles et de sciences humaines.

De l’Antiquité à aujourd’hui, s’en est suivi une longue marche qui a permis le raffinement des techniques et qui fait qu’au tournant de 10e siècle de notre ère, des centres de production de connaissances sont apparu sous le nom d’universités, d’académies et de collèges techniques ou scientifiques. En s’institutionnalisant et en se professionnalisant, le métier « de formateur et de chercheur scientifiques » a gagné en légitimité et en reconnaissance, au point où les connaissances scientifiques en sont arrivées à représenter ce qui est « vrai ».

La professionnalisation et l’institutionnalisation de la science font en sorte que les autres formes de production de savoirs ont connu un déclassement. Ces autres modalités de production ont perduré, mais l’ont fait sur une scène périphérique. Ceci est particulièrement le cas avec le passage au 20e siècle où nous assistons à une séparation nette et claire entre le « savoir profane » et le « savoir lettré, instruit ou scientifique ».

Il a fallu attendre les travaux des philosophes pragmatistes étatsuniens (Peirce et Dewey par exemple) pour que l’attention des chercheurs soit attirée sur l’importance d’établir un dialogue avec les autres formes de connaissance. Autour de 1940, les travaux de Kurt Lewin rendent compte d’une évidence : il y a une richesse cognitive portée par des personnes disposant de savoirs non scientifiques et la science aurait tout avantage à inscrire ces savoirs dans le processus même de production des connaissances scientifiques. Un nouveau paradigme prenait alors naissance, celui de la recherche-action. Ce modèle de travail scientifique invitait l’établissement d’une collaboration entre le « monde des savoirs expérientiels et pratiques » et le monde « des savoirs scientifiques ». Robert Rapoport a très bien formulé ce que cette proposition signifiait. Elle permettait en soi une petite révolution.

« La recherche-action vise à apporter une contribution à la fois aux préoccupations pratiques des personnes se trouvant en situation problématique et au développement des sciences sociales par une collaboration qui les relie selon une schématique mutuellement acceptable. » Robert N. Rapoport (« Les trois dilemmes de la recherche-action. » Connexions n° 7, 1973, p. 115.)

Il s’agissait d’une petite révolution au sens où l’un et l’autre des deux mondes se trouvait à bénéficier du travail conjoint, collaboratif, participatif, d’intervention à réaliser. Travailler « avec » et non plus « pour » ou « sur » signifiait adopter une posture porteuse à tous les niveaux. Cela introduisait aussi deux nouvelles dimensions, présentes antérieurement, mais voilées. Ces dimensions sont celles du politique et de l’éthique. C’est le sens profond de cet extrait du lexique sur la recherche action. Cela introduisait aussi l’idée d’une « négociation à faire » dans l’établissement du processus de recherche et cela invité à une médiation à faire entre les deux mondes pour faciliter la collaboration.

« Recherche-action : modalité de recherche qui rend l'acteur chercheur et qui fait du chercheur un acteur, qui oriente la recherche vers l'action et qui ramène l'action vers des considérations de recherche, tout en refusant le postulat d'objectivité du positivisme. » (« Lexique. » Recherche sociale. Sous la direction de B. Gauthier. Presses de l'Université du Québec, 1984, p. 522.)

Il s’agissait d’une petite révolution au sens où la mise en relation entre « action » et « réflexion scientifique » s’inscrit dans des conditions matérielles qui demandent à être bien identifiées et bien prises en compte. Edgard Morin résume bien ce lien fondamental où l’articulation entre action et réflexion répond à une injonction sociale : celle d’ouvrir la voie au changement, à la transformation.

« En recherche-action, le contexte est essentiel. Les chercheurs y sont interreliés. Ils vivent dans un contexte qui agit sur eux de même qu'ils interviennent sur lui. Toute modification du milieu joue sur eux et change la perception ou l'action subséquente. S'ils doivent être liés au contexte, il faut aussi qu'ils s'en imprègnent tout en sachant garder leur autonomie. De cette façon, les chercheurs s'engagent dans les milieux, s'en dégagent, se transforment et le transforment. La distanciation est aussi nécessaire que la convivialité pour réaliser un changement. » André MORIN (« Critères de "scientificité" de la recherche-action. » Revue des Sciences de l'éducation, vol. XI, n° 1, 1985, p. 38.)

En désignant une nouvelle posture de recherche qui associerait l’action à la réflexion, Kurt Lewin a ouvert une boîte de pandore au sens où la résonnance qu’a eu cette méthode dans la communauté scientifique a fait en sorte que différentes expériences de collaboration ont eu lieu. Ce faisant, des chercheurs ou chercheures ont senti le besoin d’apporter des précisions sur la façon de réaliser l’idée de la recherche action. Des précisions ont été apportées pour désigner des champs particuliers de collaboration :

  • entre des scientifiques et des acteurs de l’action communautaire, ce qui a donné la Community based research, la distinguant de collaborations prenant place auprès d’acteurs institutionnels poursuivant des objectifs politiques autres…
  • entre des acteurs institutionnels et des chercheurs, ce qui a donné la Recherche partenariale où il s’agit non seulement de travailler ensemble à la production de connaissances mais où des ressources particulières sont mobilisées et mises à profit de la recherche par les dits partenaires…
  • entre des approches sensibles à la façon dont s’établit la relation entre les parties prenantes. Divers termes sont alors mobilisés : travailler « avec », travailler en « collaboration », travailler par la « participation ». Ces termes sont mobilisés et renvoient parfois à des postures politiques particulières dans les attentions qui sont apportées au processus même d’interaction prenant place entre les parties prenantes.

Somme toute, malgré ces différences, nous observons une volonté de coproduire des connaissances, d’agir sur les pratiques et aussi de s’insérer dans des processus pouvant permettre le développement de politiques publiques, de nouvelles orientations socioculturelles ou encore de nouveaux comportements économiques.

Jean-Marc Fontan

Chaire de recherche UQAM sur la méthodologie et l’épistémologie de la recherche partenariale // UQAM - https://chairerp.uqam.ca/ // fontan.jean-marc@uqam.ca

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